Les difficultés de sommeil sont des symptômes. Il s’agit de trouver leur cause pour pouvoir accompagner votre enfant au plus près de ses besoins. Il me paraît d’ailleurs indispensable de commencer par écarter une cause médicale. A savoir qu’elles représentent 30% des troubles du sommeil chez l’enfant. Un enfant qui souffre ne peut pas dormir…

Etant infirmière puéricultrice je centre ma prise en charge sur un questionnement très poussé sur l’histoire de votre enfant, la grossesse, la naissance, une éventuelle séparation pour soins dans un service (ayant travaillé en réa pédiatrique et néonatale je suis consciente des répercussions pour le bébé et ses parents). Nous abordons également la croissance de votre enfant, son alimentation, son développement, ses acquisitions, et ses éventuels troubles associés (RGO, eczéma, cassure de la courbe de poids…). Cela afin d’adapter le plan d’action aux besoins et compétences de votre enfant. Il n’y a rien de pire que de forcer un enfant à dormir alors qu’une cause organique le perturbe et le fait souffrir.

Voici les principales causes médicales à rechercher :

 

Le Reflux Gastro Œsophagien (RGO)

Les RGO est différent de la simple régurgitation physiologique. Il s’agit d’un phénomène interne, lié à des allers retours acides du contenu de l’estomac dans l’œsophage et dans la gorge.  Le reflux n’est pas toujours extériorisé et le bébé ne régurgite pas toujours. Les manifestations du RGO sont rapidement visibles, avant 3 mois le plus souvent. Si votre enfant se cambre pendant les tétées ou biberons, semble douloureux, mange en fractionné et de façon rapprochée dans la journée, pleure de façon intense, ne supporte pas la position allongée et a un sommeil fractionné, un RGO est peut-être en cause. Cette liste n’est pas exhaustive et le diagnostic revient à votre médecin ou pédiatre. Le traitement du RGO repose sur plusieurs actions : un temps de digestion après les tétées ou repas en privilégiant la position verticale pendant quelques minutes, l’introduction d’un lait AR pour les bébés au biberon, un pansement gastrique type gel de polysilane ou gaviscon et éventuellement un traitement antiacide type inexium. L’éviction des protéines de lait de vache peut être envisagée chez certains enfants intolérants 

L’allergie ou intolérance aux protéines de lait de vache (IPLV / APLV) 

De plus en plus fréquentes (ou connues ?), les IPLV et APLV sont malheureusement encore trop tardivement diagnostiquées. Les signes ne sont pas toujours francs : RGO, bébé qui pleure de façon intense passé les premiers mois, eczéma, fléchissement ou cassure de la courbe de poids, troubles digestifs, … Si vous suspectez une intolérance, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou pédiatre. Sachez malgré tout qu’il semble y avoir 2 écoles dans le monde médical, et que certains médecins semblent réticents à proposer des évictions de lait de vache. Il ne s’agit pas de tomber dans la psychose du lait de vache mais d’avoir cette idée dans un coin de la tête si votre bébé semble avoir des difficultés à digérer le lait de vache. Attention malgré tout à vous faire accompagner dans cette démarche et à bien choisir un lait infantile et non un lait du commerce.

 

Le syndrome d’apnée du sommeil (SAS)

Le SAS est lié à une obstruction partielle des voies respiratoires de l’enfant ; Résultat, l’enfant manque d’air et fait des efforts respiratoires intenses pour respirer. Les symptômes sont assez caractéristiques : l’enfant ronfle ou respire bruyamment, semble marquer des pauses respiratoires ou reprendre son souffle après une pause. On observe également des signes de lutte (tirage inter costal ou entonnoir xyphoïdien) lorsque l’enfant est dénudé. Les enfants peuvent aussi prendre des positions inhabituelles (en arc de cercle, la tête en arrière) afin de faciliter le passage de l’air. La cause la plus fréquente d’un SAS chez l’enfant est le gonflement des amygdales et des adénoïdes (tissus mou situés dans les fosses nasales et la gorge) provoquant un blocage du passage de l’air lorsque l’enfant est endormi en position allongée. D’autres causes sont identifiées comme la prématurité, les affections ORL chroniques (rhinites, asthme, rhumes), également les affections allergiques, les anomalies maxillo-faciales, l’obésité et les terrains génétiques. Il s’agit de traiter la cause pour voir les symptômes disparaître

  • Amygdalectomie/ adénoïdectomie : ablation des amygdales et adénoïdes
  • Conseils hygiéno-diététiques chez les enfants présentant une obésité.
  • Traitement orthodontique chez les enfants présentant une étroitesse de la mâchoire par exemple

     

    Les erreurs diététiques et l’alimentation

    La quantité ainsi que qualité nutritionnelle des repas est importante dès le plus jeune âge. Des repas suffisants par rapport aux besoins de l’enfant vont permettre de stabiliser son sommeil. Durant ses premiers mois, le bébé n’a pas assez de réserves énergétiques pour dormir plus de 5 heures d’affilée. Il sera normal, et nécessaire qu’il mange la nuit. A savoir que pour un nourrisson, faire ses nuits équivaut à dormir 6 heures d’affilée !

    Généralement, le bébé espace naturellement ses prises alimentaires pour se stabiliser à 4 repas par jour vers 4 mois. « Les spécialistes s’accordent également pour dire qu’afin de croître et de bien se développer, un bébé a besoin de un ou deux allaitements par nuit jusqu’à l’âge de 9 mois [1] ».

    Difficile de faire la part des choses entre réel besoin alimentaire et habitude. Certains enfants continuent de manger fréquemment la nuit et grignotent de petites quantités toute la journée. On parle alors de rythme inversé.

    Allaitement ou biberon, plusieurs facteurs seront à évaluer avant d’envisager un sevrage nocturne : le poids et le terme de naissance, la croissance de l’enfant, l’âge du début de la diversification, mais aussi  la qualité et le rythme des repas diurnes ainsi que la croissance de l’enfant. Sans oublier d’éventuelles maladies métaboliques entre autre. Dans tous les cas, il est préférable d’entamer un sevrage progressif, en diminuant peu à peu les quantités et en observant les réactions de l’enfant

    Attention toutefois à éviter certaines erreurs diététiques :

    • Diversification non débutée après 6 mois
    • Lait non infantiles la première année, ne couvrant pas les apports indispensables des nourrissons
    • Alimentation trop sucrée, trop salée et /ou trop riche en protéines
    • Volumes alimentaires insuffisants ou excessifs
    • Apports insuffisants en lipides (lait demi écrémé)
    • Carences en fer, protéines ou lipides 

    [1] E. PANTLEY, Un sommeil paisible et sans pleurs, ed ADA, p 77

     

    Les syndromes douloureux : otite chronique, coliques, etc.

    La vie d’un enfant n’est pas un long fleuve tranquille. Et les premières années sont ponctuées de périodes de poussées dentaires, affections virales, troubles digestifs… Attention toutefois, ces épisodes restent limités dans le temps et ne durent généralement pas plus de 3 semaines. Face à des manifestations ORL douloureuses type otites, une intervention chirurgicale pourra être envisagée durant la 2ème année de votre enfant. Une consultation ORL permettra de faire le point.

    Les affections dermatologiques 

    Certaines affections dermatologiques sont de véritables freins au sommeil : eczema, prurit, urticaire… Encore une fois, un bilan médical (dermatologue) est à prévoir devant des affections cutanées chroniques.

    Certains médicaments comme les corticoïdes

    Certains médicaments qui stimulent l’enfant et ont une répercussion directe sur son comportement et son sommeil. Hormis les traitements chroniques, l’effet de ce type de traitement est passager. Un enfant sous corticoïdes sera agité durant quelques jours tout au plus. 

    Enfin, certains troubles psychologiques et psychiatriques sont retrouvés

    Anxiété, TDAH (trouble du déficit de l’attention / hyperactivité) précocité, dépression, troubles envahissants du comportement. Un enfant qui a du mal à s’arrêter de penser le soir, aura bien du mal à s’endormir. L’idée étant d’accompagner ces enfants avec des techniques ludiques et apaisantes pour petit à petit apprendre à canaliser le flot de leurs pensées.

     J’espère que cet article vous aura permis d’y voir un peu plus clair sur les causes médicales des troubles du sommeil chez le jeune enfant. En cas de doutes, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant pour faire le point. Il faut parfois du temps pour diagnostiquer une cause organique. Vos enfants vous parlent au travers de leur sommeil, écoutez ce qu’ils ont à vous dire ❤️❤️❤️Et n’hésitez pas à demander de l’aide. 

    Prenez soin de vous chers parents, chouchoutez vous, dorlotez vous…Et surtout, souvenez vous que vous êtes merveilleux, et vos enfants aussi !

    Nous verrons dans un prochain article les causes environnementales et émotionnelles aux troubles du sommeil chez l’enfant.  

    En savoir plus sur Caroline Decré, infirmière puéricultrice spécialisée dans le sommeil de 0 à 6 ans.