Je pense que tous les parents dont les enfants sont adeptes de la tétine se posent un jour ou l’autre la question. Cette fameuse tétine, qui a sauvé les premiers mois de bébé (ou pas ^^) est au cœur d’un débat houleux. Quand faut-il arrêter ? Y a-t-il un bon moment ? Faut-il imposer l’arrêt à son enfant ou attendre qu’il soit prêt ? Sera-t-il prêt un jour ?
D’un côté, les dentistes, pédiatres, orthophonistes ou médecins traitant, qui sont souvent les premiers à alerter les parents. L’utilisation prolongée de la tétine créé en effet une béance entre les incisives et engendre une malposition de la langue lorsque l’enfant avance sa salive. Je ne suis pas dentiste mais ai observé ce phénomène chez mes enfants. Parfois, ce sont les proches, ou les parents eux-mêmes qui souhaiteraient accompagner leur enfant vers l’arrêt de la tétine pour diverses raisons très personnelles.
De l’autre, cet enfant, du haut de ses 2, 3, 4 ou 5 ans (ce sont souvent à ces âges que la question se pose) qui est profondément attaché à ce bout de plastique baveux. Et comment le lui reprocher ? C’est nous même, parents, qui lui avons mis dans la bouche pour l’apaiser lorsqu’il pleurait, avait mal, ou vivait un gros chagrin… Cette tétine si réconfortante est devenue au fil du temps un objet d’attachement très fort pour l’enfant. Très souvent associée au doudou d’ailleurs. Et comme il semble difficile de s’en séparer ! La tétine était pour nos enfants une véritable addiction. Au début, nous avions réussi à la réserver au sommeil, mais au fil du temps, ils l’avaient également prise en voiture, à chaque retour d’école, pour les petits et les gros coups de mous…pour finalement l’avoir très souvent en journée aussi ! De vrais sérials tétouilleurs !
Je vous partage ici mon expérience de maman et les astuces que nous avons utilisées pour accompagner nos deux enfants de 3 ans (L)  et 5 ans (G) vers un arrêt total de la tétine. Je tiens à préciser que nous trouvions important d’investir nos enfants dans cette démarche et qu’à aucun moment nous avons utilisé la force ou la menace. Cette aventure s’est faite en équipe et nos enfants sont très fiers d’eux ! J’espère que la lecture de cet article vous apportera des pistes concrètes et bienveillantes pour avancer dans ce gros sujet qu’est l’arrêt de la tétine !
A noter qu’il s’agit d’une expérience personnelle, et non d’une méthode applicable à tous les enfants ! Comme toujours, le plus important est que les parents se reconnaissent dans ce qu’ils proposent à leur enfant. Pas de copié / collé en parentalité !

Un temps nécessaire pour bien se préparer

1 / Choisir le bon moment

La première question à se poser est : est-ce le bon moment pour arrêter ? Car par expérience, il y a des périodes plus propices que d’autres pour se lancer dans l’aventure.

D’abord, du côté de l’enfant : a-t-il envie d’arrêter la tétine ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je pense que les enfants ont un jour où l’autre l’envie d’arrêter. Pour parler de notre expérience, nous avons peu à peu fait germer l’idée dans leurs têtes, en discutant avec eux, sans pression et sans urgence : « un jour, vous savez, vous n’aurez plus besoin de tétine ! Peut-être que vous pourriez réfléchir à où est ce qu’on pourrait la mettre quand vous aurez décidé de ne plus la garder ?» Nous avons également parlé avec eux des conséquences sur leurs dents, suite à des visites chez le dentiste. C’est cet aspect qui a semblé avoir plus d’importance pour notre aîné. Pour le deuxième, c’est le fait de « devenir grand frère bientôt » qui lui a donné envie de grandir et de ne plus avoir de tétine ! Nous sentions que c’était important pour lui d’être vu comme « un grand », lui qui a toujours été le « petit frère » par rapport à son aîné. Ce changement de statut proche lui a donné des ailes ! Sans pourtant que nous insistions sur le fait qu’il soit « grand ». C’est à lui de le décider ! Enfin, le fait que son grand frère soit motivé pour l’aventure semble lui avoir bien donné envie de se lancer !

Au-delà de l’envie de l’enfant, il est préférable de choisir une période plutôt stable et sereine pour l’enfant. Eviter par exemple d’associer l’arrêt de la tétine à une autre grosse étape de développement ( propreté, école, etc.). Mais il n’y a pas de règle absolue. Si pour l’enfant, le fait d’entrer à l’école est une motivation pour arrêter, il sera important de le suivre !

Du côté des parents : sommes-nous prêts et disponibles pour accompagner notre enfant dans cette grande aventure ? Choisir une période plutôt sereine, pourquoi pas pendant des vacances par exemple. Et accepter de tourner la page pour voir son enfant grandir. De mon côté je crois que j’aimais les voir prendre leurs tétines et câliner leurs doudous. J’aimais le petit bruit régulier de leurs tétouille…Il m’a fallu un temps pour accepter que ce serait fini pour toujours ! Et oui, avant d’aider son enfant à tourner la page, il faut d’abord la tourner soi-même !

2 / Prévoir un plan d’action

Une fois cette phase de préparation entamée, et que l’arrêt de la tétine se profile à l’horizon, un plan d’action concret est à établir. On ne s’engage pas sur la route sans avoir une destination définie et un itinéraire pour y parvenir.

Notre aîné a eu envie à plusieurs reprises d’arrêter la tétine sur un coup de tête. Cela arrivait le soir avant d’aller se coucher « ce soir j’arrête c’est décidé ! » ou la veille de Noël «  demain je donne ma tétine au Père Noël ». Nous sentions combien il désirait passer cette étape et nous le suivions à chaque fois. Je me souviens d’une fois où nous sommes allés donner la tétine aux pompiers de notre commune en pensant que cette fois ci serait « la bonne ». Sauf qu’à chaque fois, quelques heures plus tard, il finissait en pleurs en nous suppliant de lui redonner sa tétine. Nous sentions sa détresse et clairement, avions le sentiment de ne pas avoir assez préparé le terrain avec lui au préalable. Je ressentais clairement que moi non plus, je n’étais pas prête ni disponible pour l’accompagner. De même, nous avions imaginé donner la tétine au père noel mais sans grande conviction. Et finalement, les vacances de Noël ne se prêtaient pas à ce grand changement car trop de trajets chez les uns et les autres, et une période déjà fatigante pour nous tous.

Il y a donc eu plusieurs essais infructueux cette année.  Mais cela a certainement participé à la réussite finale !

Concrètement, un arrêt de tétine se planifie : choisir un jour de début et s’y tenir ! Et prendre un temps solennel avec son enfant pour discuter de ce que vous allez mettre en place ensemble. De notre côté nous avons eu cette discussion avec nos enfants en leur disant combien nous leur faisions confiance. Et que nous allions les aider de tout de notre cœur ! Que même si il y aurait des moments difficiles, nous les aiderions à y arriver car c’était important pour eux. Nous avons pris soin de partir de leurs motivations et non des nôtres. Les enfants doivent sentir qu’ils  n’arrêtent pas la tétine pour nous faire plaisir ou faire plaisir au dentiste. Mais parce que c’est bon pour eux et qu’ils seront très fiers d’y être arrivés !

3/ Fixer un objectif motivant

Je le dis souvent aux parents en consultation sommeil, les enfants, tout comme les adultes, ont besoin de motivation concrète pour amorcer un gros changement. Nous faisons rarement les choses pour « rien ». Pour se dépasser il faut y gagner d’une façon ou d’une autre.

Fixer un objectif pour votre enfant lui permettra de se projeter et de renforcer sa motivation. Pour nos enfants, nous avons utilisé un parcours imagé de 5 étapes avec à la fin une surprise définie à l’avance avec eux. Tous les jours après la sieste ils ont colorié leur étape en se rapprochant de la surprise finale ! Notre deuxième voulait depuis longtemps un bus rouge, nous avons donc décidé avec lui que ce serait sa surprise. Pour l’aîné, c’était plus flou, mais le fait de savoir qu’il y avait un cadeau à la clé l’a motivé.

Nous avons choisi de faire un parcours de 4 étapes car nous savions que les premières heures seraient les plus difficiles et qu’il ne faudrait pas plus de quelques jours pour en finir avec cette sacrée tétine.

Enfin, pour les motiver au jour le jour, nous avons apporté des petits bénéfices à chaque coloriage d’étape : un kinder surprise, une pâte à prout (oui, je sais ^^)  et un coloriage. Ces petits rendez-vous quotidiens étaient de véritables réconforts pour eux. Et pour nous une façon de leur apporter un soutien concret !

Certains pourront penser qu’il s’agit de chantage. Or en aucun cas nous avons dit à nos enfants « Si vous arrêtez vous aurez un cadeau ». Mais nous sommes partis de leur envie et avons établi une conséquence positive à leur démarche !

Se lancer dans l’aventure

1/ Commencer pour de bon !

Les premières 24 heures sont les plus difficiles ! Comme je l’expliquais plus haut, nous avions déjà vécu des faux départs. Nous savions qu’il était nécessaire de se lancer franchement dans l’aventure, sans douter ni être dans la demi-mesure.

Après le temps solennel, nos enfants ont dit au revoir à leurs tétines. Cela a semblé d’emblée plus simple pour le plus jeune qui est allé jeter sa tétine à la poubelle de lui-même et avec le sourire ! Pour notre 5 ans, cela a été des adieux difficiles. Il a pris un long moment pour faire un dernier câlin et a décidé de couper sa tétine aux ciseaux lui-même. Nous sentions son chagrin. Mon cœur de maman était tout chamboulé. Heureusement mon mari était certainement plus prêt que moi et a su le soutenir avec autant d’amour que de conviction ! Pour tout vous dire, j’ai pensé récupérer la tétine de mon 3 ans à la poubelle « au cas où ». Puis je me suis vite reprise, en me disant que si je faisais cela, je ne croyais pas sincèrement à leur réussite. Nous sommes donc partis tous ensemble dans cette aventure, aussi grisante que terrifiante (les parents comprendront!)

En résumé, un vrai départ nécessite à mon sens de se débarrasser  définitivement des tétines. Car dans les moments de doutes, si elles sont encore dans nos poches, la tentation sera très grande de les rendre à l’enfant.

2/ Valoriser et soutenir l’enfant dans ses efforts

Les premières difficultés sont arrivées très vite pour notre aîné. Il avait l’habitude de prendre sa tétine lors des moments de grosse fatigue, notamment avant les repas. Il a beaucoup pleuré. Nous avons été très touché de voir son petit frère venir à ses côtés et le soutenir, en lui disant « courage, tu vas y arriver ». Nous avons fait de même, en l’écoutant et l’entourant de tout notre amour. Mais aussi en restant calmes et sereins pour lui témoigner de notre confiance.

Le soir, l’endormissement a été encore difficile pour notre 5 ans. Il a pleuré, et disait « je ne suis pas capable, je vous en prie, rendez-moi ma tétine ! ». C’était sincèrement difficile et éprouvant de le voir dans cet état. J’étais très fatiguée ce soir-là et sentais mes limites approcher dangereusement. Mon mari a accompagné G. avec énormément de douceur, de dialogue, de patience tout en restant sûr de lui et de sa capacité à y arriver. Le fait de faire équipe en couple est très précieux !

Prendre soin de son état intérieur en tant que parent et s’autoriser à passer le relais est aussi une force !

Ce premier soir pour G a été un déclic. Il s’est réveillé très fier de lui le matin et n’a plus jamais pleuré par la suite pour demander sa tétine.

Pour L (3 ans) , il faut croire qu’il était prêt et motivé par son bus rouge car il n’a montré aucune difficulté apparente ! Peut-être  qu’il s’est mis en retrait du fait de voir son frère en difficulté ? Nous avons été à son écoute, l’avons également motivé, soutenu et valorisé car du haut de ses tous justes 3 ans, il a montré de grandes capacités d’adaptation  et une motivation sans faille.

3 / Chasser le doute

Le doute est très contagieux ! La confiance aussi ! Comme je l’expliquais au-dessus, si les parents ne croient pas réellement à la capacité de leur enfant de se passer de la tétine, il est probable que celui-ci le ressente. Les doutes et les peurs sont toujours présentes, il ne faut pas le nier ! D’où l’importance de bien se préparer et de verbaliser à l’enfant toute la confiance qu’on lui porte !

Si doute il y a, ne pas hésiter à passer le relais (lorsque c’est possible) dans les moments difficiles. Pour que l’enfant reste entouré d’une belle énergie positive et sereine.

Finir en beauté

Une fois l’objectif final atteint : grosse fiesta en perspective ! L’idée est de tourner la page, de clôturer cette période passée et d’acter le fait que l’enfant est devenu un champion sans tétine !! Nous avons pris le temps de féliciter chacun de nos enfants en leur adressant un mot particulier pour leur dire combien nous étions admiratifs et heureux pour eux ! Puis direction le magasin de jouet où le saint graal les attendait à savoir un bus rouge pour L. ;G a choisi une Porsche qui transporte des petites voitures…Bref, des engins, des voitures…ce ne sont pas des mecs pour rien !!

Le fait de clôturer est très important pour éviter de tomber dans un schéma lassant, tant pour les parents que pour l’enfant. Je suis vraiment fière d’eux et très émue de voir à quel point ils étaient fiers d’eux. Il fallait voir leurs yeux en sortant du magasin de jouets, portant leurs trophées contre leurs cœurs ! Je les ai vus si grands ! Nous venons de passer une étape ensemble ! Mais je ne suis absolument pas nostalgique ! C’est merveilleux de voir ses enfants grandir, s’épanouir, s’émanciper petit à petit…

Cela peut paraitre très anodin, pourtant cet arrêt de la tétine représente une étape importante dans ma vie de maman ! J’ai tellement d’empathie pour les parents que j’accompagne au quotidien dans ces grands changements. Un sevrage d’allaitement, un arrêt du cododo, un passage à un lit de grand, un arrêt des biberons nocturnes…tant d’étapes importantes et bouleversantes ! Je suis si heureuse d’être à vos côtés pour vous accompagner avec, je l’espère, autant de bienveillance et de respect que j’ai pu le vivre avec mes enfants.
Si je peux conclure en une phrase, je dirais qu’avec de la confiance et de l’amour, rien est impossible !
Belle continuation à vous ! Et n’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire 😉