Cela fait longtemps que ce sujet me travaille, me brûle les lèvres. Aujourd’hui j’ose.

Lorsqu’il y a 30 ans la référence pour les jeunes parents se résumait au livre de Laurence Pernoud, il y a aujourd’hui un choix illimité pour trouver des réponses. Une aubaine pensais-je, dans une société de burn out parentaux et d’épuisements.

Etre parent est tellement éprouvant, questionnant, avec des moments de vie très difficiles. Les parents sont en quête de méthodes, d’outils, de recettes pour ne pas échouer dans leur rôle. Et je dirais même plus pour être de bons parents. Ils veulent être rassurés, accompagnés, écoutés car ils sont finalement très seuls.

Je suis infirmière puéricultrice depuis presque 10 ans. En quelques années, j’ai vu apparaître de nombreuses professions au service de l’accompagnement des parents : accompagnantes parentales, coachs en sommeil, conseillères en lactation, doulas, accompagnantes en périnatalité, et j’en passe. Ces professions sont précieuses et répondent à un réel besoin. Je me suis moi-même spécialisée dans le sommeil de l’enfant il y a 5 ans, afin de répondre à une préoccupation très souvent retrouvée chez les parents. Côté médias et réseaux sociaux, une pluie d’articles, de pages, de groupes, de blogs, d’émissions, de livres dédiés au sommeil, à l’allaitement, la diversification alimentaire, la parentalité dite « positive »…

Je pensais naïvement que toutes ces aides proposées aux parents portaient des valeurs communes telles que le respect, la bienveillance, la douceur, l’humilité, l’accueil sans jugement. C’est avec beaucoup de tristesse et de colère que je m’aperçois que ce n’est pas toujours  le cas.

Une amie qui est devenue maman cet été a acheté des vidéos sur le thème du sommeil du nourrisson. Plusieurs minutes d’enregistrement où sont assenés des conseils très tranchés tels que « il ne faut absolument pas donner une tétine à votre bébé sinon il ne fera jamais ses nuits ! » ou « un bébé de 8 semaines doit savoir s’endormir seul dans son lit » ou encore « il faut arrêter toute alimentation nocturne, biberons ou tétées à 6 mois ». Cela a eu un effet dévastateur sur son vécu des premiers mois de son bébé.

Ceci est un exemple parmi tant d’autres. Je vois en consultation des parents qui, sur les conseils de professionnels, ont été jusqu’à laisser hurler leur bébé pendant plusieurs heures pour le faire dormir. Tous me disent combien cela a été traumatisant pour eux, et, on peut l’imaginer, pour leur bébé. Idem lorsqu’ils abordent leur vécu des premiers jours à la maternité : autant de professionnels que de conseils et de jugements parfois. Pléthore d’exemples de ce type sur le net : une maman épuisée questionne le fait d’allaiter son enfant de deux ans toutes les heures la nuit sur les réseaux sociaux. Une administratrice du groupe lui répond qu’elle doit répondre aux besoins de son enfant car téter le rassure.

Mais il y a encore plus alarmant : certains promettent aux parents que grâce à des formules (souvent très onéreuses) leur bébé dormira comme un loir dans 2 semaines. Résultats garantis affichés en gros sous le tarif.

On ne peut pas promettre des résultats alors que l’on parle ici d’êtres humains. Réparer un lave linge en deux semaines pourquoi pas ! Faire dormir un bébé coûte que coûte en deux semaines, au risque de négliger une cause émotionnelle plus profonde, est une aberration. On ne peut pas appliquer des principes rigides alors que l’on parle de petits êtres humains. Cela est aussi aberrant que de dire que tous les enfants doivent apprendre à marcher à 12 mois. Mon expérience de maman me l’a appris, à chaque enfant ses besoins, son histoire, son rythme. Alors pourquoi ces idées continuent d’être défendues par certains professionnels ?

Les parents sont victimes d’une société qui les infantilisent. Ils sont paumés, ne savent plus, ne peuvent pas se faire confiance puisque qu’on ne leur fait pas toujours confiance. Trop de conseils, trop d’injonctions. Un rapport de force, dominant/dominé encore trop présent : le professionnel sait et le parent n’a qu’à appliquer à la lettre ce qu’il dit. Le parent devient dépendant de ces conseils tout en  perdant le peu de confiance qu’il a en lui.

Le but de cet article n’est absolument pas de faire perdre la confiance que les parents ont envers les professionnels qui les accompagnent. Ni de montrer du doigt les professionnels. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’une profession en particulier, ni de diplômes ou de formation. Je dénonce ici des dérives, rares mais présentes, comme dans tous les métiers.

Je suis consciente que les conseils aident les parents. Ce n’est pas un mal ni une erreur d’en donner. La clé se trouve dans la posture de l’accompagnant. Savoir écouter. S’intéresser à l’histoire, aux valeurs de chaque personne reçue en consultation. Partir de ce que les parents souhaitent et ressentent. Ne pas imposer. Aller au rythme de l’enfant, de ses parents. Faire preuve de souplesse dans l’approche et les propos. Et surtout, admettre qu’il n’y a pas de vérité absolue, pas de recette miracle, pas de voie unique vers l’apaisement.

Les parents sont les experts de leurs enfants. Le rôle des professionnels est justement de permettre aux parents de se détacher de tous les conseils qui pleuvent autour d’eux. Pour peu à peu se faire confiance et trouver leurs propres réponses. Si conseils il y a, ils devraient toujours être modérés, adaptés à chaque situation et dans le respect des besoins de l’enfant et de ses parents. A la question faut-il que mon enfant s’endorme tout seul, la première réponse des professionnels devrait toujours être “et vous, qu’en pensez vous… ?