Mis à jour juin 2026
Le RGO ou Reflux gastro oesophagien est une des premières causes de consultations sommeil la première année. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS, 2024), les régurgitations concernent jusqu’à 60 à 70 % des nourrissons de 4 mois — un phénomène donc extrêmement fréquent et le plus souvent sans gravité. Le RGO réellement pathologique, lui, ne touche qu’environ 5,5 % des bébés.
Voici un article complet sur le RGO, afin de vous aider à le repérer, et apprendre à différencier RGO physiologique et pathologique. Infirmière puéricultrice et spécialiste du sommeil, je vous partage mes conseils pour soulager votre bébé et son sommeil.
📑 Sommaire
Qu’est-ce que le RGO ? (Physiologique vs Pathologique)
Il est normal et physiologique qu’un bébé régurgite. Le cardia (le petit clapet qui ferme l’estomac) est encore immature, ce qui laisse remonter un peu de lait après les repas. La plupart si ce n’est tous les nourrissons ont des régurgitations mais n’en souffrent pas forcément. Tant que le bébé reste souriant, même si il est souvent mouillé de lait (il régurgite mais ne souffre pas et grandit bien), il n’y a pas d’inquiétude à avoir.
Le RGO pathologique, en revanche, survient quand ces remontées deviennent acides et douloureuses. On distingue deux types :
- Le RGO interne : Le lait remonte dans l’œsophage mais est ravalé. C’est souvent le plus difficile à diagnostiquer car il est « invisible », mais tout aussi douloureux pour le bébé.
- Le RGO externe : Le lait ressort de façon visible (parfois en jet).
Attention, le RGO du bébé n’est pas une maladie et est pour la grande majorité des cas sans gravité.
| Critère | RGO physiologique | RGO pathologique |
|---|---|---|
| Fréquence | Très courant, concerne la majorité des nourrissons | Plus rare, concerne une minorité de bébés |
| Comportement | Bébé souriant et détendu, même s’il régurgite | Pleurs intenses, cambrure, agitation pendant les repas |
| Prise de poids | Normale, courbe régulière | Stagnation ou difficulté de prise de poids |
| Sommeil | Peu ou pas impacté | Réveils fréquents, difficulté à dormir à plat |
| Signes associés | Régurgitations simples | Haleine acide, lait caillé, mâchonnements, hoquet, muguet possible |
| Évolution | Disparaît généralement entre 9 et 12 mois | Peut nécessiter un suivi médical, parfois au-delà de 12 mois |
| Conduite à tenir | Rassurer, pas de traitement nécessaire | Consultation médicale recommandée |
Comment reconnaître les symptômes du RGO (Jour et Nuit)
Un bébé qui souffre de reflux ne fait pas que « rejeter du lait ». Voici les signes qui doivent vous mettre sur la piste :
- En journée : Bébé semble mâchonner un chewing-gum, tire la langue, a le hoquet fréquemment ou une haleine acide (Odeur de vomi ou de lait caillé persistante) . Présence de lait caillé sur la langue et l’intérieur des joues. Un muguet peut apparaître du fait de l’acidité dans le tube digestif et la bouche.
- Les repas : bébé qui pleure, se tend et est agité avant, pendant et après les repas (c’est à dire à peu près tout le temps les premiers mois.). Il se cambre en arrière (en hyperextension) pendant ou après les tétées. Il grimace après les repas, tousse, fait des fausses routes. On observe souvent un comportement de compensation : soit bébé refuse de manger car il sait que cela va faire mal, soit il réclame sans cesse pour calmer la brûlure par la déglutition (le lait étant basique, il apaise momentanément l’acidité). Ce qui déclenche souvent une alimentation fractionnée, avec un bébé qui mange de petites quantités très souvent (pour soulager sa douleur mais manger l’irrite donc c’est un cercle vicieux). Difficulté à roter, et donc majoration des symptômes de reflux car trop d’air dans l’estomac.
- Sommeil : le bébé n’arrive pas ou peu à dormir à plat sur le dos (pleurs, réveils très fréquents,..)C’est souvent là que tout bascule. Dès qu’il est posé à plat, la gravité ne joue plus son rôle et l’acidité remonte.
Sommeil et bébé RGO : pourquoi les nuits sont-elles si difficiles ?
C’est le cercle vicieux bien connu des parents : le RGO empêche de dormir, et la fatigue aggrave le RGO.
La position horizontale est parfois impossible pour un bébé qui souffre de RGO. Et quand bien même bébé finit par s’endormir, le RGO peut le réveiller brutalement (toux, pleurs, inconfort). Mais ce n’est pas tout…
Lorsqu’un bébé manque de sommeil de façon chronique, son corps produit du cortisol (l’hormone du stress). Ce cortisol augmente l’acidité gastrique et rend le bébé plus sensible à la douleur. De plus, un bébé épuisé aura des pleurs de « décharge » plus intenses, ce qui exerce une pression abdominale et favorise de nouvelles remontées acides.
Le saviez-vous ? Le RGO est la première cause médicale des troubles du sommeil du tout petit. Un bébé RGO n’a pas forcément des problèmes de sommeil « comportementaux », il a d’abord un inconfort physique qui l’empêche d’enchaîner ses cycles de sommeil.
Le saviez vous (bis) ? Certaines études démontrent que la mélatonine joue un rôle dans la régulation de l’acidité gastrique. Or, les bébés ne synthétisent pas de mélatonine avant leurs 4 mois. Ce qui peut peut-être majorer les RGO les premières semaines.
Comment soulager un bébé RGO ? Mes 10 conseils de professionnelle
Ayez toujours en tête qu’il n’y a rien de miraculeux et qu’il faudra parfois attendre plusieurs jours voire semaines pour que tout cela fasse effet.
La verticalité : Ne couchez pas votre bébé juste après son repas. Gardez bébé autant que possible en position verticale (dans vos bras ou en portage) au moins 20 minutes après chaque repas.
Le Coconababy (pour ne pas le citer) a clairement été notre meilleur allié dès le retour de la maternité. Le fait de Surélever la tête du bébé diminue mécaniquement les remontées. Ça a été magique pour nous car sans cela, notre cocotte ne dormait que sur mon ventre. Petit point prévention : il est vrai qu’il est préférable de faire dormir son bébé à plat sur le dos. Mais pour certains bébés c’est juste IMPOSSIBLE car ils sont trop douloureux. Chaque parent agit en connaissance de cause.
Le portage physiologique : là encore, le fait de verticaliser un maximum votre bébé, notamment après les biberons /tétées favorise une digestion sans douleur. Et le portage a de nombreux autres effets tellement positifs qu’il serait dommage de s’en priver !
Le fractionnement : Proposez des repas plus petits mais plus fréquents pour éviter de saturer l’estomac. L’allaitement permet souvent ce fractionnement de façon assez naturelle. Pensez y néanmoins pour les bébés au biberon.
Le rot « stratégique » : N’attendez pas la fin du repas. Faites faire un rot à mi-parcours pour évacuer l’air qui fait monter la pression dans l’estomac.
Le couchage en journée : côté et ventre. Ces positions diminuent mécaniquement les remontées de lait. Vous observerez d’ailleurs très certainement l’apaisement de votre bébé dans ces positions. Tant que vous avez votre bébé sous les yeux et que vous pouvez le surveiller bien évidemment. Parlez en à votre médecin dans tous les cas.
L’ostéopathie : Un professionnel spécialisé peut lever les tensions (notamment au niveau du diaphragme) qui aggravent le reflux. A condition de trouver un professionnel compétent. J’ai trouvé la perle rare sur Nantes : Elise Connan Jouet. Aussi bien pour les bébés que pour ses parents, notamment en ostéo somato-émotionnelle. Testée et approuvée !
Le change avant le repas : Évitez de manipuler bébé et de comprimer son estomac juste après la tétée ou le biberon.Privilégiez de changer votre bébé avant le repas.
Éviction des PLV : Parfois, le RGO est le symptôme d’une allergie ou intolérance aux protéines de lait de vache. Une piste à explorer avec votre médecin.
Lavages de nez réguliers car le lait peut irriter les voies respiratoires. Souvent d’ailleurs, on voit le bébé éternuer pour se dégager.
Bébé au biberon : optez pour un lait épaissi ou lait AR. Choisissez une tétine au débit adapté. De plus, certains biberons permettent de limiter le volume d’air avalé grâce à une valve. N’hésitez pas à demander conseil à votre pharmacien.
Celle liste n’est pas exhaustive mais vous donne déjà un bon panel de solutions faciles à mettre en place.
Conseils bébé allaités et RGO
Pour les tétées, privilégiez la position transat. Cette position permet au bébé de mieux gérer le flux de lait et d’avaler moins d’air. Pour les mamans ayant un Reflexe d’Ejection Fort (REF) vous pouvez également exprimer manuellement ou tirer les premiers jets lors de la tétée pour éviter à votre bébé un afflux de lait trop rapide.
Concernant votre alimentation, il faut parfois tenter une réduction voir une éviction des protéines de lait de vache et éventuellement des croisés. N’hésitez pas à consulter une consultante en lactaction IBCLC pour faire un point complet sur le positionnement de votre bébé au sein. Si votre bébé avale beaucoup d’air en tétant, cela peut majorer son RGO. Ce sont l’accumulation de petites solutions qui font la différence. Et souvenez vous, un allaitement de ne doit pas faire mal, ni devenir un calvaire.

Quand faut-il s’inquiéter ? (Les signes d’alerte)
Le RGO est généralement bénin et passe avec l’acquisition de la marche et la diversification. Cependant, consultez rapidement si :
Il semble inconsolable malgré toutes vos tentatives.
Bébé ne prend plus de poids ou en perd.
Vous voyez des traces de sang dans les régurgitations.
Bébé fait des malaises ou a une toux chronique inexpliquée.
Quels traitements pour le RGO ?
Le fait de mettre en place des actions anti rgo rapidement favorise un sommeil de qualité et évite une majoration des douleurs. Dans tous les cas, n’hésitez pas à en parler à votre médecin, SF, puéricultrice…
Accompagner un bébé qui pleure plus de 3heures par jour, qui semble inconsolable et douloureux est très éprouvant. Et souvenez vous, un bébé ne pleure jamais pour rien ! La mise en place de traitements spécifiques et adaptés peut parfois prendre du temps. A la maternité, je me souviens en parler à l’interne, qui après avoir ausculté ma fille à peine 5 minutes m’a simplement dit : oh elle ne semble pas plus douloureuse qu’un autre bébé…
Il faut parfois consulter plusieurs médecins pour enfin être entendu et aidés ! Votre médecin peut prescrire un traitement adapté ; seul lui peut juger de la pertinence et du dosage. Un traitement par gaviscon ou gel de polysilane peut être conseillé en première intention. Le Julep Gommeux peut aussi être très efficace. Et si besoin un traitement par inexium sera évalué au cas par cas. N’hésitez pas également à consulter un homéopathe qui pourra vous prescrire des traitements non médicamenteux souvent efficaces.
Le mot de la fin : prenez soin de vous
Chers parents, déculpabilisez ! Avoir un bébé RGO est épuisant physiquement et nerveusement. Vous faites de votre mieux. On entend souvent : « C’est normal, c’est un bébé ». Non, souffrir n’est pas normal. Faites confiance à votre instinct : si vous sentez que votre enfant a mal, insistez auprès des professionnels de santé, et consultez des professionnels qui vous écoutent.
Plein de douceur à vous supers parents.
Besoin d’un accompagnement personnalisé pour le sommeil de votre bébé RGO ? Je vous aide à mettre en place des routines douces et adaptées à sa pathologie. Découvrez mes consultations ici
FAQ express
Non, dans la grande majorité des cas, le RGO physiologique n’est pas une maladie et n’est pas dangereux. Il disparaît progressivement avec la maturation du système digestif, généralement entre 9 et 12 mois.
Un bébé qui régurgite mais reste souriant, prend du poids normalement et ne semble pas souffrir n’a généralement pas besoin d’inquiétude. En revanche, des pleurs intenses pendant ou après les repas, une cambrure en arrière, ou des difficultés à dormir à plat sont des signes qui méritent d’être surveillés et évoqués avec un médecin
La position allongée favorise les remontées acides, ce qui peut réveiller bébé brutalement ou l’empêcher de s’endormir. Un cercle vicieux peut s’installer : le manque de sommeil augmente le cortisol, qui à son tour augmente l’acidité gastrique et la sensibilité à la douleur.
Le RGO physiologique s’atténue généralement à partir de 4-5 mois et disparaît dans la majorité des cas entre 9 et 12 mois, avec l’acquisition de la position debout et la diversification alimentaire. Chez certains enfants, des symptômes peuvent persister jusqu’à 2-3 ans.
Il est conseillé de consulter si les régurgitations sont abondantes, douloureuses, accompagnées de pleurs intenses, si bébé ne prend pas de poids correctement, ou si les symptômes apparaissent après 6 mois ou persistent au-delà d’un an.
L’allaitement n’est pas une cause de RGO et n’est pas une raison de l’arrêter : le lait maternel est digéré plus rapidement, ce qui peut même réduire le risque de reflux. Parfois, le RGO est lié à une allergie ou intolérance aux protéines de lait de vache, un frein de langue trop serré…une piste à explorer avec votre médecin.
Généralement entre 6 et 12 mois, avec la station assise et l’alimentation solide. Cependant, en cas de RGO sévère, il peut perdurer la deuxième année. D’où l’importance d’une prise en charge efficace.
Oui, pour certains bébés, un lait Anti-Reflux (AR) peut limiter mécaniquement les remontées. Un lait sans protéines de lait de vache (PLV) peut également être aidant. Demandez conseil à votre pharmacien ou à votre puéricultrice de secteur.








