Mon enfant refuse de manger les légumes. Il ne veut que des pâtes. Il mange toujours la même
chose. Dois-je m’inquiéter ?
Ces questions reviennent très souvent en consultation. Les difficultés alimentaires sont une source de stress importante pour de nombreux parents. Et c’est bien normal avec toutes les injonctions qu’ils rencontrent ! Entre les conseils contradictoires sur les réseaux sociaux, la pression de l’entourage, la volonté de bien faire et la peur des carences ou de donner de mauvaises habitudes, il est parfois difficile de savoir comment réagir.
Pourtant, dans la majorité des situations, la sélectivité alimentaire fait partie du développement normal de l’enfant. Cela ne signifie pas qu’il faut l’ignorer, mais plutôt l’accompagner avec les bonnes stratégies.
Notre experte Hortense Ghanizadeh, diététicienne pédiatrique, nous explique comment accompagner nos enfants sereinement en cas de sélectivité alimentaire, et les signes d’alerte pour consulter.
Qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ?
La sélectivité alimentaire désigne le fait qu’un enfant limite son alimentation à un nombre restreint d’aliments.
Les refus peuvent concerner :
- Certains légumes ou fruits ;
- Des textures particulières (morceaux, aliments fondants, croquants…)
- Des couleurs
- Certaines marques ou présentations ;
- Des odeurs ou des températures.
Chaque enfant possède ses propres préférences. Cependant, lorsque le nombre d’aliments acceptés diminue progressivement, que les repas deviennent une source de souffrance pour toute la famille ou qu’il y a un retentissement sur la croissance staturo-pondéral (poids qui stagne, perte d’un ou plusieurs couloirs sur les courbes de poids etc…) il est utile de demander conseil à un professionnel.
Pourquoi un enfant devient-il sélectif ?
La réponse est rarement unique.
1. La néophobie alimentaire : une étape normale
Entre 18 mois et 6 ans, beaucoup d’enfants traversent une période appelée néophobie alimentaire.
Ils deviennent méfiants envers les nouveautés alimentaires, alors qu’ils mangeaient auparavant presque de tout.
Ce comportement est normal. D’un point de vue évolutif, cette prudence protégeait les jeunes enfants contre l’ingestion de substances potentiellement dangereuses.
Vous vous en doutez, la nature étant bien faite, cette néophobie concerne essentiellement les légumes voire les fruits mais rarement les frites, rassurez-vous c’est normal !
Pour bien grandir, à ces âges, votre enfant a besoin essentiellement de glucides et de lipides (vulgairement de sucre et de gras),
donc rien de plus normal que les pâtes aient plus de succès que les épinards.
Bonne nouvelle : cette phase est généralement temporaire, temporaire ne veut pas dire courte, certains enfants vivront une phase de néophobie alimentaire de plusieurs années quand d’autres passeront en quelques semaines.
70 à 90% des enfants sont concernés, vous n’êtes pas seuls !
2. Les particularités sensorielles
Certains enfants perçoivent les odeurs, les textures ou les goûts avec beaucoup plus d’intensité.
Ils peuvent par exemple :
- Refuser les aliments qui collent ;
- Ne pas supporter les morceaux ;
- Préférer uniquement les aliments très croustillants ;
- Ne pas supporter d’être sales ;
- Etre gênés par certaines odeurs.
Ces réactions ne sont pas des caprices mais correspondent souvent à une hypersensibilité sensorielle.
3. Une difficulté avec les morceaux
Chez certains bébés, l’introduction des morceaux peut être compliquée durant la diversification alimentaire.
Plus les morceaux sont proposés tôt (lorsqu’ils sont adaptés au développement de l’enfant), plus leur acceptation est généralement facilitée.
À l’inverse, lorsque cette étape est retardée, certains enfants peuvent développer une appréhension des textures solides.
Un petit tour chez le pédiatre pour envisager un bilan orthophoniste est utile quand votre enfant a un réflexe nauséeux très prononcé, n’arrive pas à mastiquer, avale de travers etc…
4. L’environnement émotionnel
Les repas sont fortement influencés par les émotions.
Si chaque repas devient un moment de tension, l’enfant peut rapidement associer l’alimentation au stress.
Plus la pression augmente, plus les refus alimentaires risquent de s’installer.
Les signes qui doivent rassurer les parents
Tous les enfants qui mangent peu ne présentent pas un trouble alimentaire.
Il est plutôt rassurant lorsque :
- La courbe de croissance est harmonieuse (vous avez l’impression que votre enfant mange trop ou pas assez ? Que dit sa courbe ? Si son évolution est harmonieuse et suit son court, alors tout va bien, votre enfant a juste un gros appétit ou est un petit mangeur, chaque humain est différent et la courbe est le garant que tout se déroule comme il faut) ;
- L’enfant est en bonne santé ;
- Il conserve de l’énergie ;
- Il accepte progressivement de nouvelles expériences alimentaires, même sans les manger.
Dans ces situations, la patience est souvent la meilleure alliée.
On peut tout de même agir pour faire évoluer les choses plus rapidement et aussi éviter que cela s’installe et devienne un
trouble par la suite. Une consultation chez une diététicienne spécialisée peut vraiment aider pour faire le point et rectifier le tir afin de mettre toutes ses chances de son côté pour que cette phase ne s’éternise pas.
Les erreurs qui entretiennent la sélectivité alimentaire
Par amour et par inquiétude, les parents mettent parfois en place des stratégies qui aggravent involontairement les difficultés.
Bien sûr, chacun.e fait de son mieux, et il nous semble extrêmement important de rappeler ici que la perfection n’est pas possible en parentalité. L’idée est surtout d’éviter de tomber dans des comportements systématiques.
Préparer un deuxième repas
Lorsque l’enfant comprend qu’un autre plat arrivera après son refus, il n’a plus vraiment besoin d’explorer les aliments proposés. Du coup, il refuse catégoriquement et attend l’option 2, à ce jeu-là, les enfant sont plus de patiences que nous !
Faire du chantage
« Mange trois bouchées et tu auras un dessert. »
Même si cette stratégie fonctionne parfois à court terme, elle augmente souvent le rejet des aliments concernés.
Elle peut par la suite développer une relation troublée aux aliments avec des aliments autorisés et bons et d’autres qu’il faut mériter, de plus, elle coupe l’enfant de ses intérêts spécifiques (capacité innée à aller vers les aliments qui sont riches en nutriments dont
il a besoin à l’instant T) et de son appétit (s’il j’ai juste faim pour une glace mais qu’il faut d’abord manger une assiette de haricots verts, alors j’aurais mal au ventre après ma glace et je ne respecte pas mon appétit).
Insister ou forcer
Obliger un enfant à goûter peut renforcer son anxiété alimentaire.
À long terme, cela risque d’aggraver les refus et casse la relation de confiance entre le parent et l’enfant.
Compenser avec des aliments appréciés
Compotes, fromage, biscuits ou lait peuvent rapidement devenir des aliments refuges.
L’enfant mange peu ou pas à table, une heure après il a un yaourt et des gâteaux, il n’a plus faim au repas suivant qui devient un combat.
Arrêter de proposer certains aliments
Un aliment refusé aujourd’hui pourra être accepté dans quelques semaines.
La répétition des expositions est indispensable. Ne pas tomber dans le piège de ne servir que des pâtes à l’enfant, cela risque d’aggraver la sélectivité.
Quelques astuces :
Varier les marques d’aliments (changer de sauce tomate, changer de yaourt…)
Proposer 90% d’aliments appréciés dans l’assiette et 10% de nouveauté
Tester de nouvelles choses en dehors du cadre du repas etc…
Quelle est la bonne posture parentale ?
La littérature scientifique montre qu’une répartition claire des responsabilités favorise une alimentation plus sereine.
Le parent décide :
- De ce qui est proposé
- De l’heure du repas
- Du lieu
- Du cadre
L’enfant décide :
- S’il mange
- Combien il mange
Cette approche diminue la pression et respecte les sensations de faim et de satiété.
Comment aider un enfant qui refuse de manger ?
Créer un climat détendu
Plus facile à dire qu’à faire, certes 🙂
L’objectif n’est pas de faire manger davantage dès aujourd’hui.
L’objectif est que le repas redevienne un moment agréable.
Les enfants apprennent beaucoup mieux lorsqu’ils se sentent en sécurité.
Continuer à proposer sans forcer
Un enfant peut avoir besoin de voir un aliment plus de dix fois avant d’accepter de le goûter.
Le simple fait de voir, sentir ou toucher un aliment constitue déjà un apprentissage. Les goûts
évoluent, vous-même peut-être aimez-vous des aliments aujourd’hui que vous ne mangiez pas
il y a quelques années et vice-versa.
Miser sur le jeu
Le jeu est l’un des meilleurs outils pour développer la curiosité alimentaire.
Quelques idées :
- Faire le lion qui croque ;
- Manger comme un dinosaure et faire une marque avec ses dents sur l’aliment ;
- Construire des visages avec les légumes ;
- Réaliser des empreintes avec des brocolis ;
- Sentir les aliments les yeux fermés.
Le plaisir précède souvent l’acceptation alimentaire.
Réduire les quantités
Une grande assiette peut impressionner un enfant.
Proposer de toutes petites portions diminue la pression visuelle.
Il est toujours possible de resservir.
Respecter le rythme de l’enfant
L’apprentissage alimentaire demande du temps. On ne passe pas de regarder l’aliment à
l’avaler, il y a tout un cheminement d’étape qui, pour nous, adultes, nous semble évident mais
qui en réalité ne l’est pas.
Chaque étape est importante et compte :
- Regarder ;
- Toucher
- Sentir ;
- Lécher ;
- Porter à la bouche ;
- Croquer ;
- Avaler.
Si votre enfant ne pouvait pas regarder un concombre hier mais qu’aujourd’hui il accepte de le toucher, il a déjà passé une étape et c’est déjà un progrès.
6. Travailler les découvertes en dehors des repas
Les repas ne sont pas toujours le meilleur moment pour apprendre.
Les jeux sensoriels peuvent être très efficaces :
- Pâte sensorielle ;
- Farine ;
- Eau ;
- Mousse ;
- Pâte à modeler ;
- Manipulation d’aliments.
L’enfant découvre les textures sans la pression de devoir manger.
Par ailleurs, ne pas hésiter à changer le contexte du repas : apéro dînatoire, pique-nique, repas
partagé, le cadre du repas est extrêmement important et quand le dîner est devenu source de
conflit, changer de cadre peut parfois débloquer des choses.
Quand faut-il consulter ?
Une consultation est recommandée lorsque :
- Vous êtes inquiets et avez des questions (un professionnel de santé vaut toujours mieux que les réseaux sociaux) ;
- Les refus deviennent de plus en plus nombreux ;
- Votre enfant ne mange qu’une dizaine d’aliments ;
- Les morceaux sont systématiquement refusés ;
- Les repas provoquent des crises importantes ;
- La croissance ralentit ;
- Votre vie familiale en est fortement impactée.
Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter l’installation de difficultés durables.
Parfois un seul rendez-vous suffit à débloquer les choses, vous permet de déposer vos craintes, d’être rassurés et de savoir comment aborder les choses.
L’alimentation est un sujet dont tout le monde s’empare, bien souvent sans formation spécifique : médecin, orthophoniste, ostéopathe, maîtresse d’école, belle-mère… Et les discours sont souvent contradictoires et tout le monde s’y perd.
Un métier existe et c’est le spécialiste des questions d’alimentation et de nutrition, c’est le diététicien, la formation initiale balaye rapidement les questions de pédiatrie, choisir un diététicien formé aux questions de sélectivité alimentaire.
Peut-on prévenir la sélectivité alimentaire ?
Il n’existe pas de méthode miracle.
En revanche, certaines habitudes favorisent une relation positive avec l’alimentation :
- Partager les repas en famille ;
- Proposer régulièrement de nouveaux aliments avec une base qui est acceptée et appréciée par l’enfant ;
- Eviter la pression (chacun s’occupe de son assiette !)
- Respecter les sensations de faim
- Laisser l’enfant manipuler les aliments, se salir ;
- Cuisiner avec lui.
Une étude de 2023 a montré que lors d’un repas, on demandait 10,5 fois en moyenne à un enfant de manger, ce chiffre pouvant monter jusqu’à 30 fois, imaginez la pression si tous les 1 minute 30 votre conjoint.e vous demande de manger)
Conclusion
La sélectivité alimentaire est fréquente chez les jeunes enfants. Dans la plupart des cas, elle correspond à une étape normale du développement.
Les repas ne doivent pas devenir un rapport de force, même si c’est souvent un défi pour le parent !
En proposant un cadre rassurant, en respectant le rythme de votre enfant et en continuant à lui faire découvrir les aliments sans
pression, vous favorisez progressivement l’élargissement de son répertoire alimentaire.
Si malgré ces conseils les difficultés persistent ou s’aggravent, n’hésitez pas à consulter un professionnel spécialisé dans les troubles alimentaires pédiatriques. Un accompagnement adapté permet souvent de retrouver des repas plus sereins pour toute la famille.
Questions fréquentes
Mon enfant ne mange que des pâtes, est-ce grave ?
Dans la majorité des cas, non. Se limiter à quelques aliments comme les pâtes fait souvent partie de la néophobie alimentaire, une étape normale du développement entre 18 mois et 6 ans. Ce qui doit rassurer : une courbe de croissance harmonieuse, un enfant en bonne santé et qui garde de l’énergie. En revanche, si le nombre d’aliments acceptés diminue progressivement ou que la croissance ralentit, il est utile d’en parler à un professionnel.
À partir de quel âge la néophobie alimentaire commence-t-elle ?
Elle apparaît généralement entre 18 mois et 6 ans. L’enfant devient méfiant envers les nouveaux aliments alors qu’il mangeait auparavant de tout. Ce comportement est normal et concerne 70 à 90 % des enfants. La durée varie beaucoup d’un enfant à l’autre : quelques semaines pour certains, plusieurs années pour d’autres.
Faut-il forcer un enfant à goûter un aliment ?
Non. Obliger un enfant à goûter peut renforcer son anxiété alimentaire et aggraver les refus à long terme, tout en fragilisant la relation de confiance avec le parent. Mieux vaut continuer à proposer l’aliment sans pression : un enfant peut avoir besoin de le voir plus de dix fois avant d’accepter d’y goûter. Voir, sentir ou toucher un aliment constitue déjà un apprentissage.
Quand consulter un professionnel pour la sélectivité alimentaire ?
Une consultation est recommandée si les refus deviennent de plus en plus nombreux, si l’enfant ne mange qu’une dizaine d’aliments, si les morceaux sont systématiquement refusés, si les repas provoquent des crises importantes, si la croissance ralentit, ou si la vie familiale est fortement impactée. Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter l’installation de difficultés durables — parfois un seul rendez-vous suffit à débloquer la situation.








