Nous entendons tout et son contraire lorsqu’il s’agit du sommeil des tout petits.

Et bien souvent, ce sont des injonctions lancées aux parents. Comme si il n’y avait qu’une seule manière de bien faire…
« il FAUT faire du cododo »
« il FAUT laisser pleurer // Il ne FAUT PAS laisser pleurer  »
« il FAUT que votre enfant apprenne à dormir seul »

 

Et si nous commencions par faire confiance aux parents ? Pour qu’à leur tour, ils fassent confiance à leur enfant.

Découvrez « l’anti-méthode » de Caroline Decré, pour aider enfants et parents à mieux dormir.

 

Les troubles du sommeil : des origines multiples et imbriquées

Les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes, les pleurs, sont des symptômes qui viennent parler pour l’enfant. En aucun cas un enfant fait « exprès » de se réveiller ou de pleurer pour manipuler ses parents. Le sommeil est un tout. Il est primordial se rechercher le « pourquoi ? » des difficultés de sommeil pour ensuite aborder le « comment ? ».

Parmi les nombreuses causes de ces troubles du sommeil, je rencontre majoritairement celles-ci lors des consultations :

  • Médicales (20 à 30% des causes) : RGO, IPLV, apnée du sommeil, etc..
  • Déséquilibres des rythmes et de l’horloge biologique
  • Insécurité affective et émotionnelle : angoisses de séparation, peurs de l’abandon, manque de confiance, peurs variées…
  • Émotions parentales : stress parental, angoisses de mort, en lien avec la propre histoire des parents
  • Habitudes et conditionnements : l’enfant a pris l’habitude de manger la nuit et ne sait pas faire autrement, endormissements dans certaines conditions que l’enfant va rechercher à chaque éveils, rituels trop courts ou trop longs, etc…

Il est indispensable de rechercher la ou les causes des difficultés de sommeil avec les parents pour réellement accompagner l’enfant vers un sommeil plus serein. Il n’y a pas de recettes miracles pour aider un enfant à faire ses nuits. Mais il n’y a pas non plus de situations figées.

Un enfant qui ne dort pas ce n’est pas « NORMAL »

Aujourd’hui, trop de parents culpabilisent de parler de leur épuisement lorsque leur enfant ne dort pas. Ou au contraire, pensent que « c’est normal » et que cela finira bien par passer…

Le sommeil est un besoin vital. Mais les besoins en sommeil sont différents en fonction des enfants, de leur âge, et de leur bagage génétique.

Nombre de parents me consultent en étant persuadés que leur enfant fait partie de la catégorie « petits dormeurs ». Or, il y a beaucoup de faux petits dormeurs. Les enfants en dette de sommeil finissent par développer des stratégies pour lutter contre la fatigue. Leur corps tout entier se met en mouvement et lutte contre l’épuisement. Cela devient de la nervosité. Ainsi, moins un enfant dort, moins il dort. Car il est déconnecté des signaux que lui envoient son corps.

Une autre idée souvent rencontrée par les parents et relayée sur les réseaux sociaux est que les réveils nocturnes chez un enfant sont tout à fait normaux. C’est exact. Un enfant se réveille la nuit entre 4 et 6 fois à 1 an. De la même façon qu’un adulte se réveille plusieurs fois la nuit. Cependant il est important de prendre en compte la durée de ces réveils et le comportement de l’enfant. L’enfant manifeste t’il une insécurité ? Un besoin de succion ? A t’il besoin d’être bercé pour être rendormi ? Ou reste t’il éveillé deux heures dans son lit sans pouvoir se rendormir ?

Tant de comportements à explorer pour permettre à l’enfant de retrouver un sommeil paisible la nuit et durant les siestes.

 

Comment reconnaître les signes d’une dette de sommeil ? 

Il n’y a pas réellement de signes spécifiques. Mais énormément de symptômes secondaires qui, associés les uns aux autres, témoignent d’une fatigue chronique chez l’enfant. Brigitte Langevin, dans son livre « Le sommeil du nourrisson » a établi cette liste. C’est l’addition de plusieurs signes qui peut évoquer des difficultés de sommeil. Je vous transmets cette liste à titre informatif. A lire avec précaution car certains propos sont quelque peu questionnant (« franchit ses étapes de croissance avec du retard » par ex).

  1. S’endort dans la voiture (ou dans la poussette) dès qu’elle est en marche? O/N
  2. Résiste à l’essai de nouveaux aliments? O/N
  3. Semble maladroit? O/N
  4. Nécessite constamment « toute » votre attention? O/N
  5. A toujours besoin d’être dans vos bras? O/N
  6. Est d’humeur instable, hypersensible ou irritable? O/N
  7. Devient de plus en plus agité à mesure que la journée avance? O/N
  8. Se réveille de mauvaise humeur? O/N
  9. Franchit ses étapes de croissance avec du retard? O/N
  10. Se frotte constamment les yeux ou lutte pour garder la tête droite? O/N
  11. Bâille fréquemment? O/N
  12. Tombe souvent endormi dans vos bras? O/N
  13. Semble extrêmement impatient? O/N
  14. Réagit si sa routine est le moindrement changée? O/N
  15. Est nonchalant une bonne partie de la journée? O/N
  16. Oppose de la résistance au moment d’aller au lit? O/N
  17. Réagit mal aux frustrations? O/N
  18. Dort moins que la moyenne des heures de sommeil recommandées pour son groupe d’âge? O/N
  19. Refuse de faire la sieste? O/N

 

Prendre soin de l’enfant et de ses parents : un indispensable pour mieux dormir

Face à des difficultés de sommeil chez l’enfant, existe t’il une métode miracle ?

Je dirais plutôt qu’il existe une « anti-méthode » qui consiste à écouter ce que parents et enfant ont à raconter. Pas de recettes, pas de « Il FAUT », et encore moins de « VOUS DEVRIEZ ». Et vous savez quoi ? Ça fonctionne 😉

Le cœur de mon métier est d’accompagner parents et enfants à s’écouter, se faire confiance, se recentrer.
Prendre de la distance face à tout ce qui leur est conseillé sur les réseaux sociaux, forums, livres et autres manuels du parfait petit dormeur. Nombre de parents s’épuisent à reproduire ce que leurs voisins, amis, tante ou grand-mère leur a conseillé pour aider leur bébé à dormir. Cela ne fonctionne que très rarement. D’une part car les conseils prodigués vont souvent à l’encontre de ce que les parents souhaitent pour leur enfant. D’autre part car chaque situation est unique. Ce qui a fonctionné pour un enfant ne fonctionnera pas pour un autre.

 

La « méthode anti-méthode » : en quoi cela consiste ? 

Beaucoup de méthodes existent pour faire dormir les bébés : 5/10/15, pleurs contrôlés, sans pleurs, et bien d’autres encore…Utiliser une méthode signifie souvent traiter le symptôme (les difficultés de sommeil) mais pas la cause. Je ne remets pas en cause leur efficacité, mais me questionne sur les effets qu’elles produisent sur l’enfant. Pour un bébé qui hurle dans son lit, 5 minutes paraissent une éternité. L’enfant n’a pas la notion du temps.

Mon approche est différente. Je commence par proposer aux parents de remplir un agenda du sommeil durant 10 jours. Cela afin d’analyser très objectivement les rythmes de l’enfant, ses temps de sommeil, de repas, ses signes de fatigue…Tout ce qui rythme ses journées et qui permet de comprendre comment est réglée sa petite horloge biologique.

C’est un outil formidable et indispensable pour traiter des difficultés de sommeil en s’approchant au plus près des besoins de chaque enfant. Nous le devons à Marie-Josèphe Challamel, pédiatre, chargée de recherche à l’INSERM et responsable d’une unité d’exploration du sommeil de l’enfant à Lyon. J’ai eu la chance d’être formée par Mme Challamel.

En parallèle, il est important de rechercher la ou les causes des difficultés par un temps d’échange poussé avec parents et enfants. Nous abordons la grossesse, la naissance de l’enfant, le vécu des parents, les éventuelles séparations précoces, les premiers mois, l’allaitement et l’alimentation, les éventuelles pathologies de l’enfant, sa relation au sommeil, ses pleurs, son installation…tout ce qui concerne l’enfant depuis sa vie ante natale. Je travaille en collaboration avec d’autres professionnels de santé afin de proposer un suivi spécifique lorsqu’il y a nécessité.

Puis nous analysons ensemble une « journée type ». Les parents décrivent dans les moindres détails la journée de leur enfant, ses habitudes, des rituels,… Cela afin que je puisse partir de ce que l’enfant connaît et ne pas le chambouler avec des conseils tout faits.

Enfin, nos travaillons main dans la main avec parents et enfants pour construire une approche douce et bienveillante. Le but n’étant pas de faire à tout prix dormir l’enfant, mais plutôt de comprendre ce qui se passe en lui et autour de lui.

Un meilleur sommeil en découle très souvent car lorsque l’enfant est entendu dans ses besoins, il peut enfin lâcher prise et se reposer 😉

Vos enfants vous parlent au travers de leur sommeil, écoutez ce qu’ils ont à vous dire ❤️❤️❤️Et n’hésitez pas à demander de l’aide. 
Prenez soin de vous chers parents, chouchoutez vous, dorlotez vous…
Et surtout, souvenez vous que vous êtes merveilleux, et vos enfants aussi !! 

En savoir plus sur Caroline Decré, infirmière puéricultrice spécialisée dans le sommeil de 0 à 6 ans.